Les polluants qui ont pratiquement éradiqué toute vie dans le lac se propagent maintenant dans le cours du Litani, constate un spécialiste. Une pollution d’autant plus grave qu’elle risque de se retrouver dans l’eau de la capitale.

Quelle eau comptait-on véhiculer vers le barrage prévu à Bisri, qui devait alimenter la capitale et plusieurs régions du Mont-Liban ? Alors même que depuis le début du mouvement national de contestation populaire le 17 octobre, les militants écologistes campent, dans cette belle vallée entre Jezzine et le Chouf, pour empêcher la réalisation de ce projet, un chercheur démontre que l’eau du lac Qaraoun, qui devait constituer la moitié de l’eau stockée dans ce futur barrage, est polluée de manière irréversible.

En effet, la surface du lac Qaraoun (Békaa-Ouest) du barrage du même nom, sur le fleuve tristement célèbre du Litani, est désormais totalement verte. Le phénomène en soi n’est pas nouveau et est analysé depuis de longues années par l’un des spécialistes en la matière, Kamal Slim, chercheur au Conseil national de la recherche scientifique. Les responsables de cette couleur verdâtre ne sont autres que des cyanobactéries, des êtres microscopiques phytoplanctoniques (en d’autres termes des végétaux qui sont au bas de la chaîne alimentaire). Leur niveau de prolifération est dû à l’intensité de la pollution dans ce lac d’eau stagnante, selon l’expert. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que la pollution s’est non seulement nettement aggravée dans le lac, mais elle s’est pour la première fois propagée dans le cours d’eau principal du Litani, selon les observations du spécialiste.



Et ses observations ont de quoi inquiéter : les cyanobactéries polluent le lac (et maintenant le fleuve) de manière irréversible, et le phénomène gagne en ampleur. « Un test récent a permis d’établir que les cyanobactéries, très étendues sur la surface du lac Qaraoun, forment désormais une masse qui plonge jusqu’à 10 ou 15 mètres sous la surface de l’eau, explique l’hydrologiste. Or cette bactérie a besoin de soleil et de nutriments pour vivre, d’où le fait qu’elle émet des toxines car elle est en compétition avec les autres espèces pour monopoliser ces ressources. C’est ainsi qu’elle a réussi à décimer, par asphyxie, les autres espèces végétales et animales du lac. On ne trouve pratiquement plus que des carpes dans ce lac, ce qui est un indicateur négatif vu que ce poisson, très résistant, est le seul capable de survivre dans une qualité d’eau aussi mauvaise. »

Il faut savoir que le Qaraoun, le barrage le plus ancien du Liban, était conçu à la base pour produire de l’hydroélectricité et pour servir à l’irrigation. La prolifération des établissements touristiques, des usines et autres activités initiées par l’homme, sans protection effective de l’eau, est venu le polluer. « Aujourd’hui, le barrage produit toujours de l’hydroélectricité, souligne Kamal Slim. Mais depuis quelques années déjà, il est interdit d’en utiliser l’eau pour l’irrigation, tellement sa qualité s’est détériorée. »

Et en matière de pollution du Qaraoun, l’expert n’en est pas au bout de ses surprises. « Nous avons récemment fait plusieurs observations inquiétantes lors d’une sortie en bateau sur le lac, souligne Kamal Slim. Ce qui a alerté mon attention, ce sont des bulles à la surface de l’eau. Nous avons pu établir qu’il s’agit d’émissions de gaz méthane, et avons compris pourquoi : en mourant, les cyanobactéries vont se déposer au fond du lac, où elles constituent désormais une masse biologique très volumineuse dans les sédiments. À ce niveau prolifèrent des bactéries qui se nourrissent de cette masse biologique et en réduisent le volume, un phénomène naturel dû au vieillissement des lacs artificiels et des barrages, plus ou moins accéléré selon le niveau de pollution. Or ce phénomène a été nettement accéléré dans le cas du Qaraoun en raison du taux élevé de pollution. Et cette transformation causée par ces bactéries qui rongent la masse biologique nécessite de l’oxygène, d’où le fait que le taux d’oxygène dans l’eau a drastiquement baissé dans la partie souterraine, ce qui provoque des émissions d’autres gaz tels que le méthane, le dioxyde de sulfure ou l’ammonium. »

Le méthane, un puissant gaz à effet de serre, est l’un de ceux qui provoquent le réchauffement climatique, moins présent dans l’atmosphère mais plus nocif que le gaz carbonique. Côté santé, c’est aussi un polluant redoutable, connu pour être cancérigène, selon le spécialiste. « Il faut noter que ce phénomène est inévitable dans tout barrage qu’on n’aura pas songé à protéger efficacement, dit-il. Même l’eau qui atteint la centrale hydroélectrique sent l’œuf pourri, ce qui est dû au taux important de dioxyde de sulfure qui s’y trouve. »

L’autre phénomène inquiétant, selon Kamal Slim, est la propagation des cyanobactéries au-delà du lac. « Pour la première fois, nous avons constaté de larges étendues verdâtres sur deux à trois kilomètres dans le cours du Litani, jusqu’au pont de Saghbine, affirme-t-il. Cela est un indicateur certain de l’aggravation de la pollution dans le fleuve. Côté Békaa, en effet, les sources de pollution ne se tarissent pas, notamment par les eaux usées non traitées, riches en phosphate et nitrate qui sont autant de nutriments pour des êtres tels que les cyanobactéries. »

Comme si la pollution du Qaraoun n’était pas suffisante en soi, il a bien fallu que dans le cadre du projet très controversé du barrage de Bisri (Jezzine, Sud), on décide d’alimenter le barrage par soixante millions de mètres cubes provenant du lac (la structure est conçue pour stocker 125 millions en tout). Le barrage de Bisri, exécuté par le Conseil du développement et de la reconstruction et financé en grande partie par la Banque mondiale, n’en était qu’au début de la construction quand la révolte populaire a éclaté, et qu’il est devenu l’un des thèmes centraux de contestation : ses détracteurs évoquent la beauté de la vallée, riche en biodiversité et en vestiges patrimoniaux, et, qui plus est, traversée par des failles géologiques majeures. En septembre, ils se sont insurgés contre l’abattage d’arbres qui avait commencé.

Dans le cadre de l’opposition à ce projet, le drainage d’une eau polluée vers Beyrouth et certaines régions du Mont-Liban est l’un des arguments majeurs, mais il est régulièrement rejeté par les autorités compétentes qui invoquent l’épuration de l’eau qui sera drainée vers la capitale.

Mais cette eau peut-elle être dépolluée ? Selon Kamal Slim, songer à dépolluer le lac est une affaire plus que compliquée. « Pour commencer, on ne peut envisager une quelconque dépollution sans mettre un terme aux sources de pollution elles-mêmes, souligne-t-il. Or cela n’est pas gagné, notamment dans la Békaa où l’Office national du Litani multiplie les procès contre les pollueurs. »

Pour ce qui est des moyens de traitement, le seul actuellement mis en application dans le lac consiste en l’installation d’appareils à ultrasons, dans le cadre d’un projet néerlandais. « Ces appareils à ultrasons s’attaquent aux cellules des cyanobactéries et en détruisent les gaz cellulaires, explique-t-il. Elles deviennent incapables de se maintenir en état de flottaison, et sont contraintes de migrer vers le fond, où toute photosynthèse devient impossible. Mais cette technique a, jusque-là, montré une capacité de traitement de moins de 20 % des cyanobactéries. »

L’expert souligne que trois procédés sont envisageables dans le traitement de pareille pollution. Le premier, chimique, est à prohiber selon lui, parce qu’il consistera à ajouter des produits chimiques dans une eau déjà polluée. Il y a eu de précédentes expériences. L’une d’entre elles visait à tenter de traiter au sulfate de cuivre l’eau coulant dans le canal 900 (celui conçu pour drainer de l’eau du Litani vers des localités de la Békaa-Ouest). Elle a été un échec, puisque les algues filamenteuses (organismes capables de photosynthèse et de former des « filaments ») et les cyanobactéries ont refait surface une fois le traitement chimique interrompu. Une autre, consistant en un traitement physique assuré par les appareils à ultrasons a donné des résultats modestes. « Restent les traitements biologiques, qui utilisent des micro-organismes utiles capables de détruire les cyanobactéries, dit-il. Ces techniques font l’objet d’essais prometteurs dans le monde, mais elles ne sont pas encore totalement au point. »

Kamal Slim conclut : « On ne peut rien faire actuellement pour restaurer le bon état écologique du barrage tant que les déversements urbains et industriels ne cessent d’augmenter. »

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QUEL COURS D,EAU N,EST PAS POLLUE AU LIBAN ? DES GRANDS FLEUVES AUX PLUS PETITES SOURCES, REVIERES ET CANAUX L,EXHALAISON NEFASTE SE DEGAGE.

Un seul mot: terrifiant!Et on dit merci à qui? Aux (ir)responsables qui ont laissé faire et qui devraient être jugés pour crimes contre l'environnement et contre les Libanais!

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